
Les participant·e·s prennent part à des discussions et des réflexions lors du symposium à Trinité-et-Tobago.
Tamara Medford-Williams, directrice des initiatives pour les communautés noires chez DAWN Canada, a joué un rôle essentiel en tant que partenaire dans un symposium international historique intitulé « Femmes en situation de handicap, genre et violence : Enjeux dans les Caraïbes », qui s’est tenu les 25 et 26 juin 2025 à l’Université des Antilles, à Trinité-et-Tobago. Ce projet a été financé par le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) et dirigé par Ruth Rodney (Harriet Tubman Institute, Université York), en collaboration avec Kendra Pitt (Université des Antilles) et Eudalie Wickham-Ashby (Barbados National Organisation of the Disabled Inc.).
L’événement a rassemblé des militantes, des chercheur·e·s, des organisations de la société civile, des ONG, des entités ministérielles et d'autres acteurs clés venus de toute la région caribéenne – dont le Guyana, la Barbade, Sainte-Lucie, la Jamaïque, la Dominique, le Suriname, Saint-Vincent-et-les-Grenadines – ainsi que des représentantes d’organisations canadiennes.
Pendant deux jours, les participant·e·s ont exploré la problématique urgente et trop souvent négligée de la violence fondée sur le genre (VFG) à l’encontre des femmes et des personnes de genre divers en situation de handicap.
« En tant que personne ayant vécu la VFG tout au long de ma vie, ce symposium a été bien plus qu’un simple rassemblement professionnel ; ce fut un moment de guérison et de lien », a partagé Medford-Williams. « C’était un espace où je pouvais être pleinement moi-même. Je n’avais pas à dissimuler ma douleur chronique. Je n’avais pas à rester figée ni à feindre une prétendue normalité. On m’a encouragée à me présenter telle que je suis – sans compromis. »

Défis majeurs et obstacles
Le symposium a mis en lumière la complexité des réalités vécues par les femmes en situation de handicap à travers la région. Les participant·e·s ont identifié des défis critiques menaçant leur sécurité et leur bien-être, notamment les risques accrus auxquels font face les femmes migrantes, autochtones ou vivant en milieu rural.
« Les femmes migrantes affrontent le racisme, la xénophobie et la peur constante que signaler des violences puisse compromettre leur statut migratoire », a expliqué Medford-Williams. « Les femmes âgées et les adolescentes sont tout aussi vulnérables — que ce soit à l’isolement, à la manipulation ou à l’absence d’éducation sur leurs droits et leur corps. Pour les femmes autochtones et rurales, la discrimination et l’accès limité aux services accentuent les traumatismes. »
Les obstacles systémiques sont revenus de manière récurrente. Les gouvernements et institutions relèguent souvent les enjeux liés au handicap au second plan, invoquant des contraintes budgétaires ou un manque de soutien public. Les prestataires de services manquent souvent de formation adéquate pour répondre aux cas de VFG impliquant des femmes en situation de handicap, et la stigmatisation à l’échelle communautaire continue de réduire les survivantes au silence.
« J’ai l’habitude de me retrouver dans des espaces où l’on parle d’intersectionnalité — souvent par des voix majoritairement blanches », a confié Medford-Williams. « Des voix qui tendent parfois à minimiser, voire à ignorer, l’importance du facteur racial et culturel. Mais ce partenariat et ce projet étaient différents. Cela signifiait bien plus que je ne saurais l’exprimer. »
Perspectives régionales et engagements
Malgré les défis, le symposium a mis en avant des signes de progrès et une volonté collective forte. Des participant·e·s ont partagé des exemples d’initiatives législatives et de campagnes de sensibilisation mises en œuvre en Jamaïque et au Guyana pour lutter contre la VFG et soutenir les survivantes. Plusieurs ont exprimé leur souhait d’adapter ces approches à leurs propres contextes culturels.
« Nous nous sommes rassemblé·e·s pour échanger de l’information, partager nos connaissances et formuler des recommandations afin de mieux répondre aux enjeux liés à la VFG envers les femmes en situation de handicap dans les Caraïbes », a déclaré Medford-Williams. « Mais ce sont nos racines communes qui nous ont véritablement unies et solidifié notre lien communautaire. »
La rencontre s’est conclue par un engagement envers des approches inclusives et intersectionnelles — centrées sur les vécus des survivantes pour guider les politiques, les actions de plaidoyer et les services.
« Ce projet ne concerne pas seulement la violence ou le handicap », a insisté Medford-Williams. « Il s’agit de créer des espaces où nous pouvons véritablement exister, être reconnues et raviver notre propre estime. Par cet événement, une famille est née — une sororité où nos expériences, identités et vérités ne sont pas seulement reconnues, mais célébrées. »